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D’où vient l’opposition entre Orient et Occident ?

Comme les autres nombreux découpages que nous utilisons pour décrire notre réalité, qu’il s’agisse des continents (d’ailleurs, combien sont-ils ?), de la limite Nord-Sud (qui ne suit pas le tracé de l’équateur), ou encore des frontières (qui, quant à elles, suivent étrangement les traits d’une règle, par endroits du globe), le découpage Orient-Occident façonne notre vision du monde.


Mais comment cette perspective a-t-elle été créée ? Comment a-t-on construit cette dualité, qui finalement n’existait pas avant le XVe siècle ?

Le terme « Orient » vient du latin oriens, signifiant l’Est, lieu où le Soleil se lève (1). Dans plusieurs langues, le mot « Levant » est également utilisé pour désigner cette partie du monde. La première occurrence du terme « Orient » apparaît au IVe siècle, au moment de l’émergence de l’Empire romain d’Orient, aussi appelé Empire byzantin. Si les limites de ce territoire vont varier jusqu’au XVe siècle, les Balkans et la Turquie actuels vont en rester le noyau central (2). Aujourd’hui, l’« Orient » désigne alors ce que l’on nomme le « Proche-Orient » en Europe (3). Dans les pays anglo-saxons, on parle du « Middle East » (4).

En 1453, l’Empire romain d’Orient s’est considérablement réduit en conséquence des guerres avec les peuples turcs. L’Empire ne contrôle plus que la ville de Constantinople et une partie du Péloponnèse. Fragile, sans soutien de l’Europe, des états italiens ou de la papauté, la cité tombe le 29 mai de la même année. Le sultan turc, Mehmed II, entre dans la ville, qui est désormais la capitale de l’Empire ottoman. L’ancien Empire romain d’Orient devient alors une terre d’Islam (5).


L’Empire ottoman se distingue des empires occidentaux par un principal trait culturel : la religion. Au cours des deux siècles suivants, il gagne en puissance en étendant son influence politique, commerciale et culturelle d’Alger à La Mecque, en passant par Jérusalem et Bagdad (6). Cette expansion effraie le monde occidental. La puissance militaire de l’empire crée le stéréotype du turc musulman sanguinaire et violent (l’adjectif « oriental » est encore stigmatisant aujourd’hui), et sa culture génère des fantasmes.

Le monde occidental chrétien et le monde oriental musulman entrent en opposition au moment de la chute de l’Empire ottoman : de nombreux territoires deviennent des zones à conquérir pour les occidentaux, au cours d’un épisode de l’Histoire que l’on appelle « la question d’Orient » (7). L’Algérie et la Tunisie passent alors sous domination française, la Lybie revient à l’Italie, l’Égypte à la Grande-Bretagne et les Balkans, quant à eux, obtiennent leur indépendance en 1914 (8).


Que peut-on retenir de ces quelques pages de l’Histoire ? Qu’en a-t-on hérité ?

Tout d’abord, le terme « Orient » renvoie à des réalités différentes en fonction du lieu et/ou de l’époque. Aujourd’hui, il n’y a pas de consensus géographique sur ce qu’est l’Orient : on évoque surtout des enjeux géopolitiques et historiques, tels que la chute de Constantinople ou encore la Question d’Orient. Ensuite, le terme « Orient » a été créé pour désigner une altérité : une entité se distinguant de l’Occident. Le Maghreb est-il l’Orient au même titre que la Chine et le Japon ? Que fait-on de la Russie ? Les pays du Caucase et des Balkans sont-ils orientaux ou « d’Europe orientale » ? Finalement, il y a plus de différences que de points communs entre ces territoires : l’Orient est alors une catégorie géographique vague mais qui nourrit nos imaginaires. En effet, les interprétations varient en fonction des intérêts politiques et idéologiques des Européens et, par la suite, des Américains.


Écrit par: Lucie Geisser


Références:

1. Site du CNTRL - https://www.cnrtl.fr/definition/orient

2. Jean-Claude Cheynet, « Byzance, l’Empire romain d’Orient », 2001

3. Blog StratoGeo - http://stratogeo.over-blog.com/article-3377159.html

4. Guillemette Crouzet, « Les Britanniques et l’invention du Moyen-Orient », 2016

5. André Clot, « Mehmed II, le conquérant de Byzance », 1990

6. Jean François Solmon, « L’empire Ottoman et l’Europe », 2017 7. Jacques Frémeaux, « La question d’Orient », 2014

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