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La réponse des médias : Grippe espagnole vs Covid-19 -Qu’en avons-nous appris?

Le 22 mai 1918 le journal espagnol ABC évoquait une nouvelle maladie, décrite comme similaire à une grippe mais avec des symptômes plus légers. Toutes les festivités eurent lieu comme prévu et les pays, alors en pleine Première Guerre mondiale, s’abstinrent de faire part de cette nouvelle maladie aux populations pour préserver leur moral. Aux États-Unis, pour protéger l’effort de guerre, le président Woodrow Wilson ne fit aucune déclaration publique ou de référence à la maladie. Les journaux des grandes villes n’ont fait qu’embellir la vérité, pratiquant ainsi une importante auto-censure.


Aujourd’hui, la pandémie s’est exacerbée notamment par le fait qu’elle n’a pas été prise au sérieux immédiatement. Les médias ont impacté les réponses des gouvernements, du moins au début, en transmettant un sentiment d’urgence très bas à la société civile. À l’heure actuelle, les réponses des médias dans les différents pays ont des similitudes frappantes.


Aux États-Unis, non seulement le gouvernement n’était pas préparé pour la pandémie, mais les médias mainstream ont amplifié ces réactions tardives. Alors qu’en janvier, des rapports alarmants commençaient à venir de Chine, les médias US ont souvent transmis des informations aux Américains qui se sont plus tard révélées fausses, ou du moins peu précises. On peut citer, notamment, la minimisation du nombre de cas de Covid-19 avéré, alors que la majorité des personnes n’avaient pas été testées. Trump décrivait le Coronavirus comme moins dangereux qu’une grippe. De plus, les informations comme celles provenant de CNN ou Vox ne recommandaient pas le port du masque aux populations. Ces déclarations couplées au déclin du journalisme local a mené à une couverture inégale en faveur des grandes zones urbaines, laissant un vide pour les personnes en recherche d’informations dans d’autres zones, qui fut comblé par le contenu (souvent inexacte) des réseaux sociaux.


En Chine, le Parti communiste cherchait activement à propager des messages positifs à propos de la lutte contre le virus, comparant les efforts menés à une « guerre » contre le Covid-19. En réponse, certains journalistes chinois publièrent des exposés décrivant les dissimulations et les échecs du gouvernement par rapport au système de santé. Dans l’espoir de se rapprocher de la liberté d’expression, les réseaux sociaux furent utilisés pour attirer l’attention sur les abus et les injustices. Le magazine de business Caijing alla même jusqu’à publier une interview explosive avec un expert en santé publique s’exprimant de manière anonyme qui reconnaissait que les autorités de Wuhan avaient tardé à annoncer au public le fait que le virus pouvait se transmettre d’homme à homme.


Tout en reconnaissant d’importantes différences dans les relations entre l' administration et la couverture médiatique entre les deux pays, il semble évident que la couverture médiatique de la pandémie fut loin d’être optimale partout, ce qui a contribué à des politiques inefficaces pour la combattre.


Les réponses tardives des autorités peuvent discréditer leur légitimité aux yeux des citoyens, tout comme favoriser une propagation du virus de plus en plus importante. Nous pouvons faire un parallèle avec le travail de Noam Chomsky, « Manufacturing Consent », dans lequel le penseur réfléchit à la relation symbiotique entre les publications des médias et celles des gouvernements, majoritairement dans une dynamique de préservation des intérêts de l’élite gouvernante. Alors que les « corporate medias » ont besoin de ressources pour financer leurs activités, Chomsky soutient le fait que les phénomènes évoqués sont sélectionnés pour contribuer à la « fabrique du consentement », produire du revenu publicitaire et orienter les agendas politiques.


Que pensez-vous du rôle des médias par rapport à la pandémie du coronavirus ? Est-ce que les réseaux sociaux peuvent « démocratiser » la transmission des informations ?


Écrit par: Elena Yustres Rodriguez

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